1083______08.11.18 Interview

A quelques jours du salon Made in France, nous avions à cœur de vous présenter Thomas Huriez, créateur de 1083. Il nous raconte la raison d’être de sa marque, et nous explique comment il a réussi à relancer un outil de production « Made in France » basé sur l’économie circulaire, tout en inscrivant son entreprise dans une dynamique de progrès, d’intelligence humaine, et d’écoute active de ses clients.

Qui es-tu Thomas?

J’ai 37 ans, j’étais informaticien jusqu’en 2007, année où j’ai décidé de donner du sens à mon temps de travail. On travaille tous 8h par jour, pendant au moins 40 ans, et chacune de ces secondes je ne voulais plus les consacrer à des projets qui ne soient pas alignés avec mes convictions. J’ai donc créé mon entreprise, ouvert un magasin de mode éthique en 2007 à Romans, et au fil du développement de mon activité, j’ai développé ma marque de mode, 1083, et repris une filature.

A mesure que les années passent, je reconstruis la filière d’une manière assez empirique. J’ai d’abord transformé une maison de famille en magasin, et j’ai appris ce nouveau métier de commerçant sur le tas. En 2010-2011, alors que je commençais à bien maîtriser, mes fournisseurs ont fermé. J’ai donc décidé de me débrouiller par moi-même en étant mon propre fournisseur, et en montant ma propre marque de jeans, éthique, bio, et made in France. J’ai créé 1083, et cela a démarré beaucoup plus fort que je ne l’imaginais… Depuis ce jour, nous restons très proches de nos clients car nous considérons que c’est eux qui font la dimension de notre entreprise.

Si tu devais définir 1083 en 3 mots, ce serait…? ?

Comment s’exprime cette modernité ?

Nous croyons au progrès et à l’intelligence humaine. Nous pensons que les modèles économiques et les modes de fabrication peuvent s’inscrire dans l’économie circulaire et sont donc vraiment durables. Nous ne sommes pas dans une vision nostalgique ou vintage de la mode. Et cette modernité s’exprime aussi par la création d’une offre attractive, à travers la forme et la coupe du jean notamment.

Nous menons en parallèle beaucoup de R&D sur les matières et les procédés de fabrication. Par exemple, on est les premiers en France à faire du délavage laser pour éviter le sablage ou la chimie. On est les premiers et les seuls en France à relocaliser toutes les étapes de transformation du coton, de la fabrication du fil jusqu’au jean. Plus concrètement, 99% des marques de jeans fabriquent dans des pays à bas coûts, quelques marques confectionnent en France (5 ou 6), et c’est déjà très bien. Parmi ces 5 ou 6 marques, on est les seuls à filer, teindre, tisser, et confectionner en France, sur toutes nos collections. Le but c’est qu’on ne soit plus les seuls, car ce n’est pas satisfaisant qu’on soit les seuls. On a recréé des ateliers à Romans pour la confection. Par exemple, on avait notre principal filateur tisseur (qui est en réalité le dernier en France), qui était en redressement judiciaire depuis mars 2018, on a proposé un plan de reprise pour sauver ses savoirs faire, ses emplois, et cet outil de production.

Comment se composent tes unités de production ?

A Romans, nous faisons du tissage, de la confection, et du délavage laser. Dans les Vosges, nous filons et tissons nos propres denims suite à la reprise de notre filateur tisseur. Nous maîtrisons aujourd’hui la fabrication des jeans de A à Z, avec des ateliers partenaires français qui complètent nos capacités de production, et qui permettent de créer une filière qui est non pas linéaire, mais en réseau. Pour durer, notre production est à la fois intégrée et diversifiée.

D’où vient le coton 1083 ?

Principalement du Burkina, en Afrique, parce que c’est une zone qui demande très peu d’irrigation artificielle, donc qui permet d’éviter le problème de consommation de l’eau, et c’est du coton bio bien-sûr. Par ailleurs, nous travaillons sur le remplacement de ce coton bio importé par un coton local. On dit que la France n’est pas un pays producteur de coton, mais c’est oublier bien vite tous nos vieux vêtements que l’on jette  et dont on ne sait pas exploiter le coton. C’est pour cela que l’on travaille sur cette notion d’économie circulaire : fabriquer des nouveaux jeans, à partir d’anciens jeans.

C’est quoi les clés de ta réussite, sans précédents ?

Il y a plein de précédents, il y a plein de créations d’entreprises qui fonctionnent. C’est difficile, c’est plein de labeur, on est transparents, cohérents, je pense que ce sont nos forces. Et on est ambitieux pour nos idées, on ne lâche rien.

Qu’est-ce que tu conseillerais à une marque qui veut se lancer ?

D’écouter tout le monde, d’être audacieux, et de s’engager. Mais il ne faut pas écouter pour faire ce que chacun dit de faire, car il y autant d’avis que de personnes, il faut écouter pour capter les choses et proposer sa solution, sa singularité.

Si 1083 n’existait pas, pourquoi faudrait-il l’inventer ?

Pour rentrer petit à petit dans l’économie circulaire. La vision de 1083 est de permettre à chacun de participer à un monde vraiment durable, en produisant et en consommant dans l’économie circulaire. On considère que c’est fondamental, alors si ça n’existait pas, il faudrait encore plus faire ce fondamental, … Ce serait encore plus fondamental.

Dans tes rêves les plus fous, comment imagines-tu 1083 dans 5 ans ?

Je l’imagine et je l’espère toujours en développement, toujours avec des projets, toujours avec des créations d’emplois, et toujours plus dans l’économie circulaire.

Et plus concrètement, tu imagines des lieux, des magasins phares ?

Concrètement, dans 5 ans, normalement on aura déménagé dans notre nouvelle usine (en 2020), et après je ne cherche pas, je n’ai pas d’objectifs, je ne rêve pas d’un magasin car ce ne sont pas les résultats matériels qui m’intéressent. Le matériel c’est le moyen, plus il sera gros, plus cela voudra dire que notre impact positif aura grandi.

Mais, il en faut quand même du matériel … ?

Le matériel c’est les moyens et c’est la conséquence, mais ce n’est pas l’objectif. Cela ne m’intéresse pas de rouler en Porsche, par contre, mon entreprise doit être rentable, elle doit gagner de l’argent pour avoir les moyens de se développer, mieux rémunérer ses équipes, réinvestir dans des outils de production, former du personnel. Pour cela il faut être rentable, comme nous le sommes depuis le début, en gérant raisonnablement, pour durer.

En restant indépendants ? Êtes-vous aidés par une levée de fonds ?

On est aidés par plein de choses : d’abord par nos clients qui parlent de nous, c’est notre première force de ventes, ce sont eux qui font la dimension de l’aventure. Pendant des années, quand on avait plus de ventes que de capacités de production, nos clients ont attendu souvent 1 à 3 mois avant de recevoir leurs jeans, ce qui nous a beaucoup aidé financièrement. Après, il y a aussi les banques, qui croient en nous et nous soutiennent. Et cet été, on a fait une levée de fonds pour continuer l’activité tout en restant majoritaires. Ce sont des fonds qui ont une démarche éthique de long terme.

De quoi as-tu besoin aujourd’hui pour réaliser ces rêves ? 

Pour que cela continue de grandir et de se développer, il suffit de peu de choses : des clients engagés. On engage les clients en étant sincères, transparents, en expliquant notre vision et en co-construisant. C’est de cette façon que nous sommes passés de 1 à 60 emplois en 5 ans, et le but c’est de continuer. Si avec 20 000 jeans fabriqués en France, on a créé 60 emplois, imaginez ce qu’on peut créer avec 88 millions de jeans ! Échanger avec les clients, c’est vraiment notre culture d’entreprise, c’est au quotidien, c’est pour tout, et c’est partout : les réseaux sociaux, nos ateliers ouverts au public, nos magasins, on est vraiment dans la notion de proximité totale.

Sur quoi tu ne transigeras jamais (croix de bois/croix de fer/promis/juré/craché) ?

La cohérence de l’activité, sinon cela n’aurait aucun sens. J’ai décidé d’entreprendre pour le sens alors s’il n’y a plus de sens, il n’y a plus de projet, et il n’y a plus d’entreprise. Notre projet dépasse le seul sujet de la mode, il s’agit surtout d’économie circulaire. Il y a énormément à faire dans le textile en général.  C’est aussi pour ce sens que nous venons de lancer la marque de montres entièrement fabriquées en France « Routine » avec Florian Chosson. Ce sont les aventures au service de notre vision qui sont importantes et nous faisons confiance en la vie pour rencontrer des personnes avec lesquelles nous allons pouvoir construire de chouettes choses, aussi bien des clients que des entrepreneurs.

Et sinon, demain tu fais quoi ?

Je vais au salon Made in France. Chaque année, il y a de plus en plus d’exposants, de qualité d’exposants, de fréquentations, de visiteurs, et de diversité de visiteurs. Nous allons y présenter un nouveau concept de jean, qui sera le premier entièrement issu de l’économie circulaire : il est fabriqué avec une fibre de polyester qui est conçue à 100% à partir de bouteilles plastiques recyclées et de déchets de mer. Ce plastique, on va l’enfermer dans un jean, qui sera consigné. Ainsi nous sommes certains de tous les récupérer en fin de vie. C’est une première mondiale ! On présente aussi chaque année une machine à coudre autour de laquelle nous installons un casque 360° pour visiter en immersion nos ateliers et notamment les processus de filature, de tissage et de confection. Ce salon est l’occasion de rapprocher toujours plus les consommateurs de la fabrication.

Merci à Thomas Huriez de nous avoir prouvé qu’on pouvait donner du sens à une marque de vêtements, en voyant la création de mode dans sa globalité : éco-responsabilité, Made in France, écoute fine des clients, innovations, vision du futur. Tout est lié…

1083 a ouvert une voie, venez nombreux au salon du MADE IN FRANCE pour rencontrer l’équipe de Thomas et tous ces créateurs d’entreprise qui font bouger les lignes.

Si vous aussi, vous êtes en quête de sens, n’hésitez pas à faire appel à nous pour écrire votre plateforme de marque et votre vision.

 

 

By Studio Le Paradis x Collection Lab

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